Ce que dit un tableau et ce qu’on en dit. Analyse la tension épistémologique entre catégorisation statistique et conceptualisation sociologique. Remet en question leurs approches corporatistes, postulant une pertinence empirique commune des observations historiques.
La distance évidente qui sépare la catégorisation statistique de la conceptualisation sociologique est souvent traitée par les sociologues comme une distance hiérarchique qui séparerait une approximation opératoire et formelle de la saisie signifiante et substantielle des phénomènes, geste suprême réservé à la sociologie. Le contenu corporatiste d’un tel programme ne devrait pas dissimuler aux sociologues son risque essentiel, celui de pratiquer l’auto-suffisance théorique d’une sociologie qui n’aurait de comptes à rendre qu’aux constats qui la confortent et qui se réserverait de porter au passif des imperfections mécaniques de l’instrument statistique ce que celui-ci ne vérifie pas des constructions conceptuelles du discours sociologique. À la limite, la signification du raisonnement statistique ne pourrait lui advenir que de l’extérieur : ce serait toujours à lui de s’amender pour mériter de servir par ses « constats illustratifs » des énoncés sociologiques qui tirent d’ailleurs leur « évidence ». De leur côté, les statisticiens ne sont évidemment pas en reste en matière d’épistémologie corporative. Accoutumés aux exigences du recueil et du traitement de l’information et sachant ce qu’il en coûte d’arriver à homogénéiser les données économiques et sociales, ils sont inévitablement enclins, pour préserver l’univocité des énonciations portant sur des constats de recensement ou de corrélation si chèrement acquis, à une défiance généralisée envers tout changement du langage d’énonciation des constats de base, autrement dit à marquer une réticence de principe envers l’interprétation conceptuelle, toujours suspecte de surinterprétation polysémique. À la limite, les « langues artificielles », comme la langue tabulaire du tableau croisé ou la langue graphique des plans factoriels, seraient les seules à ne pas déformer les énoncés d’observation et de traitement, dont l’expression en « langue naturelle » majorerait toujours le sens de manière incontrôlée et incontrôlable. Il y a pourtant un accord latent entre ces deux épistémologies coutumières lorsqu’elles atteignent leur forme limite : elles semblent bien convenir que le discours statistique et le discours sociologique diffèrent intrinsèquement par leur nature assertorique. On part ici, tout au contraire, du postulat épistémologique que toutes les conceptualisations opérées à partir de l’observation du monde historique possèdent, en tant qu’abstractions scientifiques, une pertinence empirique commune ou, si l’on veut, que les énonciations des différentes sciences sociales ne peuvent avoir qu’une seule indexation de vérité : l’observation historique par quelque méthode qu’on l’opère, même si elles diffèrent par la logique des raisonnements qui mettent en œuvre les constats issus de cette observation.
The article "Ce que dit un tableau et ce qu’on en dit" presents a critical examination of the perceived chasm between statistical analysis and sociological conceptualization within the social sciences. The author skillfully dissects the "corporate epistemologies" that perpetuate this divide, arguing that both disciplines, in their extreme forms, contribute to an unnecessary intellectual separation. Instead of accepting a hierarchical relationship or an intrinsic difference in their fundamental natures, the paper posits a unifying epistemological principle: all scientific abstractions, regardless of their disciplinary origin, derive their empirical relevance from a common index of truth rooted in historical observation. The abstract meticulously details the specific biases inherent in each field. Sociologists are characterized as often treating statistics as a mere "operative and formal approximation," subservient to their discipline's "supreme gesture" of substantive conceptualization, a stance that risks theoretical self-sufficiency. Statisticians, on the other hand, are depicted as wary of conceptual interpretation, fearing "polysemic overinterpretation" and preferring "artificial languages" of data for their perceived objectivity and lack of distortion. Interestingly, the author identifies a "latent agreement" between these two seemingly opposing viewpoints: both, at their limits, seem to converge on the idea that statistical and sociological discourses are intrinsically different in their assertoric nature, thereby reinforcing the very distance the paper seeks to critique. By challenging these entrenched disciplinary perspectives, the paper offers a significant contribution to methodological and epistemological debates in the social sciences. The author's counter-postulate—that all social science enunciations ultimately refer to a single truth index derived from historical observation—provides a robust framework for integrating diverse research methods and fostering a more unified understanding of social phenomena. "Ce que dit un tableau et ce qu’on en dit" is a timely and thought-provoking intervention that encourages social scientists to transcend disciplinary silos, promoting a shared commitment to empirical grounding while appreciating the distinct logics of scientific reasoning that ultimately converge on a common reality.
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By Sciaria
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